KELLOUZA / ALGER /EXIL

J' ai  trouvé  ce  texte  si beau  que je  n 'ai pu  m 'empécher  de l ' importer

Kellouza est  exil .Je  ne  sais de  ce texte  que sa  souffrance ,celle  de  ceux 

qui ne  vivent plus  sur  leur  terre  de naissance




Mon histoire, en moi, s’effiloche. Je retrouve parfois des petits bouts chez les autres, et ça m’interpelle, ravivant une mémoire morte. Ceux que je croise, que j’ai fréquentés un temps et que je rencontre aujourd’hui par hasard; ceux que je lis. Ces gens qui font partie d’un passé que je ne comprends plus, dont j’ai perdu le fil. J’ai parfois l’impression de me rencontrer furtivement. Ah ! Là, j’aurai pu être elle. J’ai eu envie un jour de devenir ce qu’il est lui.

 

Je vais griller tous les fesses-boucs au barbe-cul pour voir mon passé se confondre dans un ultime feu de joie éphémère et respirer les fumées de moi qui s’évaporent et se perdent.

 

Puis cette sensation étrange disparait, s’éloigne, après un éclair de l’esprit, une lumière vers le passé où je me sentais un instant voyante. Puis je ne saisis plus.

 

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Je m’enveloppe à nouveau dans ce monde inconnu qui me fait froncer les sourcils, celui qui m’amène aux larmes angoissées et me transforme en une gelée glissante dans mes draps pourris. Celui qui se mèle au bruit des voitures dans Paris, celui qui se nourrit des foules du métro et des journées pluvieuses. Le soleil lui même est un souvenir flou. L’air de la mer, l’humidité algéroise. La lumière qui élargie le champ de vision, qui te donne l’impression que tu vas pouvoir, d’un petit élan, te jeter dans l’eau bleue de la baie d’Alger(Mais quand on se rapproche, elle est verte). Les goûts, les odeurs, les bruits, la lumière, putain, la lumière.

 

Mon histoire, en moi, s’effiloche. J’ai perdu le fil de mon histoire personnelle. Il n’y a plus rien en moi. J’ai cette impression très désagréable et froide de nudité. Plus rien à vêtir qui me corresponde. j’ai usé le pull en laine tricoté par ma mère, de ses propres mains. Je l’ai mal porté, puis usé à force de trainer là où je n’avais rien à faire, visiblement. J’ai l’impression de ne plus avoir de contexte, d’être insensée. Plus que déracinée, le passé est un mélange de sensations confuses qui viennent à moi par vagues. Tout vient à moi comme une gifle de sensations que je ne peux plus vivre. Puis ça disparait. Je n’ai même plus les souvenirs.

 

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Je n’ose même plus me parler à la première personne. Je ne sais plus si j’existe ni où j’existe.

 

Mon histoire, en moi, s’effiloche. Et il n’y a pas un chat autour, pour jouer avec les fils qui trainent.

Kellouza
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