« Histoire d e ma vie » de Fadhma Aith Mansour Amrouche(2)

Publié le par Anton Caraffa

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La découverte au fil des pages de

« Histoire d e ma vie » de Fadhma Aith Mansour Amrouche

doit faire parie des Annales de cette période pendant laquelle l 'Algérie été partie intégrale de la France .Intégrale? Non à tous égards. Par ignorance ?En partie , surement ; combien sont – ils nombreux , comme moi, ceux qui ne s avaient pas ? Qui ne sont pas allés voir? Qui sont pas­sés à coté de forces vives du pays .Quel sentiment peut être aussi fort que celui du pardon , murmuré à l ' oreille de ceux qui ne sont plus , mais qui sont  nos racines,eux  et  tous  ceux  qui nous ont portés?

Ce fut une émotion de lire la  lettre  de  Jean Amrouche  à  sa mère ,et une seconde de la transcrire à la main

à sa mère le 16 AVRIL 1945:

« Ma chère maman ,

Voici plusieurs semaines que je veux t'écrire une longue lettre .E marcant dans Paris il m 'ar­rive de rêver que tu es à mon bras.Nous allons lentement, tres lentement , comme le soir , sur la route le long de la voie du chemin d e fer, à Rades.Tu traines tes pauvres peids dans tes vieilles savtaes, tu croises ton fichu décoloré sur ta poitrine.Mais tes yeux de petite filles malicieuse re­gardent tout autour, et r ien ne leur échappe, des nuances du ciel ,des étoiles qui nous font des signes;une grande paix monte des jardins parmi les parfums qui va se fondre dans la paix qui tombe du ciel .

Et je pense mélancoliquement , que la vie ne nous accordera plus bien souvent de faire ces promenades , avant que la maison ne replie sur nous ses ailes pour la nuit ;Notre maison d e rades, je ne l 'évoque jamais sans être ému aux larmes .Elle est si lourde de souvenirs , si pleine de songes où les images désolées et celle que la joie illumine – plus rares hélas!-que les premieres – sont unies si étroitement qu 'elles composent une harmonie amèere et douce qui est comme la musique même de son âme .

Petite maman,douce maman, maman patiente et résignée,maman douloureuse et pleine de cou­rage !

Sais tu seulement que ton Jeannot n 'est pas sorti de tes jupes, qu ' il ne sera jamais guéri d e son enfance ,et que ; quoi qu ' il fasse , et où qu ' il soit , tu es avec lui, non point comme une image fugitive qui traverse en éclair la mémoire , mais comme l 'air qu 'il respire , et sans le­quel il mourrait étouffé?

Comment vas- tu en ce printemps si semblable à 'été?Comment supportes tu tout le travail de la maison ?Toutes les charges finissent par retomber sur papa et toi .Après avoir trimé pendant plus d e cinquante ans vous aviez droit au repos, et nul de vos enfants n 'a pu encore vous

l 'assurer .

Mais , petite maman, tu es notre miracle secret .

Car malgré tous les travaux qui usent l 'âme et le corps,Dieu t 'a accordé la grace la plus rare : sous le srideset sous lescheveux blanc, tu as gardé l ' âme fraîche , et une réserve de joie comme une source sous les roches jaillit de tes yeux fatigués.

Si quelque poésie et quelque sentiment de l 'art nous portent , Marie Louise et moi, c 'est à toi que nous le devons .Tu nous as tout donné, tu nous a transmis le message de notre terre et de nos morts .

Mais ton œuvre n 'est pas terminée,petite maman .

Au momen où je commence à entrevoir ce sur quoi doit porter mon effort principal,je fais encore appel à toi.

Il faut que tu rédiges tes souvenirs ,sans choisir, au gré de ton humeur ,et de l ' inspiration.

Ce sera un grand effort ..Mais , songe,ma petite maman, que tu ne dois pas laisser perdre ton enfance et l 'expérience que tu as vécue en Kabylie .Un enseignement de grand prix peut s' en dégager .Et ce sera pour moi un dépôt sacré .

Je t 'en supplie petite maman , prends en considération ma requête …...

Petite maman , je t'embrasse tendrement

Ton Jeannot 

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Publié dans Les Écrivains

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